Guerre de tranchées au conseil national du PS
La guerre de tranchées est déclarée entre les partisans de Martine Aubry et ceux de Ségolène Royal. Le conseil national du Parti socialiste a entériné samedi à Paris dans une ambiance houleuse la nouvelle direction du parti, dont les amis de Ségolène Royal ne font pas partie, et le texte d'orientation présentés par la Première secrétaire.
Martine Aubry voulait tourner la page du congrès de Reims et de son élection contestée au poste de Première secrétaire avec 102 voix d'avance sur Ségolène Royal. Les socialistes ont au contraire rejoué leur congrès pendant les quatre heures de cette réunion de leur "Parlement" dans un hôtel du XIVe arrondissement.
En l'absence de leur championne, qui avait préféré ne pas assister à la réunion, les "royalistes", minoritaires au conseil national, ont multiplié les interventions pour accuser Martine Aubry et ses alliés Bertrand Delanoë et Benoît Hamon de les avoir exclus de l'élaboration du texte d'orientation. Compromis entre trois courants qui n'étaient pas parvenus à s'accorder au congrès de Reims, ce texte est censé servir de ligne politique au PS pour les trois ans qui viennent.
Dans une volonté manifeste de créer des clivages avec les "royalistes", le document exclut toute alliance avec le MoDem de François Bayrou. Il propose aussi un débat sur la question ultrasensible du mode de désignation du candidat à l'élection présidentielle. "Il vaut mieux une dispute qu'un faux accord", a expliqué Martine Aubry. "C'est Hollande dans le gloubi boulga, sans le rassemblement et sans le sourire", a raillé le "royaliste" Vincent Peillon.
Les amis de Ségolène Royal, qui n'ont reçu que vendredi en fin de matinée ce texte de neuf pages, ont stigmatisé "l'ostracisme" et le "mépris" à leur égard. "On ne peut pas diriger le parti en pensant qu'il y a une bonne partie et une mauvaise partie de ce parti", a lancé Julien Dray. "Il y a là quelque chose qui n'engage pas bien la suite", a menacé François Rebsamen.
Les soutiens de Martine Aubry ont reproché aux "royalistes" de vouloir refaire le congrès. "Vous nous proposez des prolongations. On n'en a pas envie", a répliqué Benoît Hamon, nouveau porte-parole.
Faisant tout pour perturber la réunion, les "royalistes" ont défendu sept amendements, notamment sur les alliances et l'organisation d'une primaire pour désigner le candidat de toute la gauche à la prochaine présidentielle.
Ces amendements ont été rejetés en bloc par la majorité lors d'un rapide vote à main levée sous les huées des "royalistes". Pour se venger, les "royalistes" ont demandé et obtenu un scrutin par appel nominal des 306 conseillers nationaux sur l'ensemble du texte, finalement adopté par 146 voix pour et 72 abstentions, celles des amis de Ségolène Royal. Les "royalistes" ont aussi refusé de participer au vote sur la nouvelle direction "renouvelée" présentée par Martine Aubry.
Dans son discours, la nouvelle Première secrétaire s'est efforcée de calmer le jeu en prenant une série d'engagements pour "un Parti socialiste rénové". Désireuse "d'ouvrir les portes et les fenêtres", elle a annoncé la création d'un "Forum des territoires" pour coordonner les actions des nombreuses collectivités dirigées par les socialistes, d'un "laboratoire des idées" pour préparer le projet socialiste pour 2012, et promis la réunion "d'assises de la rénovation". Celle qui a fustigé longuement la politique de Nicolas Sarkozy, qui "démantèle et dérégule", a promis un bureau national exceptionnel pour apporter des réponses à la crise.
Posant en "garante de l'unité", Mme Aubry a assuré que la porte restait "ouverte" à Ségolène Royal si elle changeait d'avis. Renvoyant la responsabilité de la rupture sur les "royalistes", elle a assuré avoir proposé à sa rivale qu'un de ses proches puisse présider le Forum des territoires, ainsi que plusieurs postes de secrétaires nationaux.
"Ségolène Royal n'a eu aucune proposition quant à sa place dans le dispositif socialiste", a répliqué Vincent Peillon. Selon le député européen, qui réclamait le poste de numéro deux, "proposer deux ou trois postes de secrétaires nationaux à des gens qui font 50% des voix des militants, ça s'appelle une gifle, une porte fermée". "Il y a là des pratiques sectaires qui ne sont pas bonnes pour le PS", a conclu le bras droit de Ségolène Royal. Malgré leurs rodomontades, les "royalistes" assuraient qu'ils ne seraient pas dans l'opposition interne à Martine Aubry. AP

